Bienvenue à l’Institut Européen d’Anthropologie Cardiaque
Bienvenue dans mon Laboratoire de l’Humain
Un espace dont le comité d’éthique est actuellement présidé par un corbeau dont personne n’a vérifié les diplômes.
Bienvenue dans Anthropologie du cœur.
Ici je ne vise personne. Je m’intéresse simplement aux mécanismes du fonctionnement humain. Nuance importante, notamment pour le service juridique.
Après 25 ans d’expériences absolument désastreuses sur le plan humain, j’ai considéré deux options: plonger dans une dépression élégante et passer mes journées à fixer le vide en philosophant sur l’absurdité de mon existence … ou transformer cela en projet d’étude de fonctionnements humains: rapports de force, migrations de responsabilité et ces petites opérations puant la lâcheté par lesquelles chacun tente de déposer sa merde sur le bureau du voisin tout en faisant la mine du « Qui a fait ça?! »
Je n’écris pas pour démontrer que tous les hommes mentent ou que toutes les femmes devraient être placées sous tutelle d’un vétérinaire spécialisé dans les primates anxieux.
Ce serait réducteur… Et surtout, beaucoup trop simple.
J’ai juste envie de poser mes observations sur ces êtres qui parviennent à défendre deux convictions contradictoires avec la même indignation et parfois dans la même phrase, tout en prétendant rester factuels.
Nous voulons être compris jusque dans nos silences, mais nous refusons parfois d’écouter une phrase complète si elle risque de contenir notre responsabilité.
L’être humain est le seul animal capable de commettre un meurtre et de faire accuser le couteau.
C’est ce qui le rend fascinant.
Il ment, triche, ruine votre existence et convoque une cellule de crise parce que les conséquences ont eu l’indécence de se présenter sans rendez-vous.
Certaines personnes déclenchent un incendie relationnel, jettent le briquet dans les rosiers puis reviennent une demi heure plus tard : « Je trouve l’ambiance très tendue ».
Oui, le ficus aussi.
D’autres poignardent, s’effondrent devant la flaque de sang et réclament immédiatement une serpillière, du soutien psychologique et la reconnaissance officielle de leur sensibilité.
« Pourquoi la victime réagit si mal? Déjà qu’elle salit le tapis, c’est gênant pour la photo de groupe! »
J’observe.
J’observe ces personnes qui deviennent par moment des monstres dans un pyjama licorne pour protéger l’image d’elles- mêmes.
J’étudie les victimes autoproclamées capables d’amnésies opportunes et de contorsions de l’ego au moment des conséquences. J’autopsie les grandes migrations de la responsabilité de ces gens qui réclament empathie et bienveillance avec l’élégance d’un bourreau réclamant de la douceur parce que la corde lui irrite les mains.
Darwin n’avait pas tout prévu.
Il lui manquait probablement Instagram, trois repas de famille et un groupe WhatsApp administré par une tante disposant d’informations confidentielles qu’elle ne répétera évidemment à personne.
Ici, je n’ai aucun programme en douze étapes pour apprendre à remercier les personnes qui vous ont méthodiquement roulé dessus avec votre propre véhicule.
Vous ne verrez aucune citation sur la résilience imprimée au-dessus d’un dauphin bondissant hors de l’eau. Le dauphin n’a rien demandé. Moi non plus.
Oui, certaines blessures expliquent des comportements. Elles ne permettent pas de crucifier les autres puis de réclamer une standing ovation pour sa douleur intérieure.
La psychologie éclaire les mécanismes. Elle n’est pas une blanchisserie industrielle ouverte vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour nettoyer les consciences.
Je suis la témoin et la cobaye.
La chercheuse et la chair.
Celle qui prend des notes et celle dont le système nerveux demande à parler au responsable.
Je n’écris pas derrière une vitre blindée, vêtue d’une blouse immaculée, pendant que les autres gesticulent dans le vivarium. J’écris depuis la table d’autopsie avec un carnet dans une main et, dans l’autre, ce qui reste parfois de ma dignité emballée dans un sac de congélation.
Les expériences m’ont traversée avant que je commence à les décrire. Je ne suis pas neutre. Mais au fond, personne ne l’est. Mais j’essaie d’être honnête sur l’endroit depuis lequel j’observe.
Il m’arrive d’avoir tort. Il m’arrive de comprendre trois mois trop tard.
Il m’arrive aussi de comprendre très vite et de rester quand même, ce qui constitue une catégorie de stupidité humaine méritant probablement son propre département.
Ces expériences ont laissé quelques cicatrices, plusieurs questions et une connaissance désormais assez précise de la manière dont un humain peut vous annoncer qu’il agit « pour votre bien » tout en saupoudrant vos pâtes d’arsenic.
Je suis la luciole au-dessus de l’asphalte.
Et la voiture qui arrive trop vite.
Mais j’ai pris la plaque.
Le cynisme que vous trouverez ici n’est pas celui qui méprise les êtres humains.
C’est celui qui refuse les fables confortables et les grands discours moraux prononcés par des gens qui vous font de la psychologie de boulevard après la lecture de trois posts Insta.
Il évite à certaines vérités de pourrir sous couvert d’un « tout le monde a fait comme il a pu ».
Tout le monde ne fait pas toujours comme il peut.
Parfois, quelqu’un fait exactement ce qui l’arrange, puis convoque son enfance, son hypersensibilité et son chat décédé quand il avait 4 ans afin de produire des circonstances atténuantes.
La souffrance n’innocente pas. Même les chacals peuvent avoir connu des traumatismes. La carcasse n’a pas à devenir le thérapeute.
J’utilise l’humour noir parce qu’il y a des vérités qu’on ne peut pas avaler entières. Alors je les coupe, je les pose et y ajoute une dimension grotesque. ça passe mieux, ça peut faire rire. Même si parfois, c’est un rire jaune, un peu obscène ou un peu honteux. Celui qui fait réaliser que « Merde, ce n’était pas que dans ma tête ».
Ici, les émotions deviennent des espèces à classifier, les incohérences reçoivent un numéro de dossier.
J’aime la précision.
J’aime distinguer ce qui est observé de ce qui est interprété.
Mais j’aime aussi le moment où une absurdité humaine devient tellement parfaite qu’il serait criminel de ne pas lui offrir un ministère ou une autopsie.
Si vous reconnaissez quelqu’un, n’alertez pas immédiatement le spécimen.
Certains mordent. D’autres postent sur la bienveillance et l’empathie.
Les plus dangereux… font les deux.
Personne n’est parfait. Mais certains ont tout de même fait un effort remarquable dans le sens inverse.
Je n’écris pas pour condamner l’espèce humaine.
Je constate simplement qu’elle aurait parfois mérité une seconde phase de tests avant sa commercialisation.
Malgré tout, je continue à l’observer.
Et à documenter ses prodigieuses capacités à construire des cathédrales, écrire des symphonies, sauver des inconnus puis déclencher une guerre civile parce qu’un message a été lu à 18h42 sans recevoir de réponse avant 18h47.
Le corbeau vous attend. Les archives sont ouvertes.
Et faites attention où vous mettez les pieds :
quelqu’un vient encore de déposer sa responsabilité dans le couloir.

